Le nom de Périgord Noir évoque d’abord les pierres médiévales et la gastronomie. Mais ce “noir” vient aussi des forêts — les chênaies et châtaigneraies qui couvrent les collines calcaires et créent, vues du ciel, un tapis sombre que les siècles n’ont pas épuisé. Autour de Sainte-Mondane, ces forêts sont partout : décor des randonnées, garde-manger de truffes et de champignons, habitat de la faune sauvage. Un écosystème à comprendre pour apprécier la région dans toute sa profondeur.

La chênaie : l’écosystème dominant

L’arbre roi du Périgord Noir est le chêne — le chêne pédonculé (Quercus robur) dans les fonds de vallées et les versants frais, le chêne sessile (Quercus petraea) sur les coteaux calcaires bien drainés, le chêne pubescent (Quercus pubescens) sur les sols les plus secs. Cette diversité d’espèces crée des micro-habitats variés qui expliquent la richesse de la faune et de la flore forestière.

Les forêts de chênes du Périgord sont d’une double valeur économique et naturelle. Économique : le bois de chêne est travaillé pour la tonnellerie (les fûts qui vieillissent le vin et l’armagnac), la charpente et le parquet. Naturelle : ces vieilles chênaies abritent une biodiversité remarquable — lichens, champignons lignicoles, insectes saproxyliques, oiseaux cavicoles.

En automne, le spectacle des couleurs — les roux, les oranges et les ors des feuillages — transforme les forêts en tableaux vivants. C’est aussi la saison des cèpes de Bordeaux (Boletus edulis), champignon emblématique dont la récolte est une pratique sociale et économique importante dans toute la région.

La truffe noire : le secret de la forêt

La truffe noire du Périgord (Tuber melanosporum) pousse à la base des chênes, dans une zone racinaire appelée “brûlé” — reconnaissable à l’absence d’herbe au pied des arbres. Ce champignon souterrain, qui synthétise ses arômes dans un dialogue complexe avec les racines de son hôte, est le produit forestier le plus précieux de la région.

Les forêts de chênes autour de Sainte-Mondane sont une zone de production traditionnelle de truffes. Les caveurs (chercheurs de truffes) gardent jalousement leurs coins, transmis de génération en génération. Leurs chiens truffiers — des labradors ou des cockers dressés à détecter l’odeur — arpentent les bois de décembre à mars lors des récoltes.

Les marchés aux truffes de Sarlat et Sainte-Alvère (à 40 km) permettent d’acheter ce produit d’exception directement auprès des producteurs. La gastronomie du Périgord doit une partie de sa renommée internationale à ce champignon que l’on surnomme le “diamant noir”.

La châtaigneraie : mémoire d’une économie rurale

Le châtaignier (Castanea sativa) est le deuxième arbre forestier majeur du Périgord Noir. Il pousse surtout sur les versants siliceux et acides qui contrastent avec le calcaire dominant. Ses fruits — les châtaignes — ont constitué jusqu’au XIXe siècle une part importante de l’alimentation des paysans périgourdins.

Les vieilles châtaigneraies, certaines avec des arbres pluricentenaires, sont des milieux forestiers d’une richesse biologique exceptionnelle. Leur canopée dense crée un sous-bois ombragé propice aux plantes mycorhiziennes. En automne, la récolte des châtaignes est encore pratiquée dans certains domaines pour la confection de farines, confitures et crèmes glacées.

La faune des forêts : chevreuils, sangliers et rapaces

Les forêts du Périgord Noir abritent une faune sauvage diversifiée. Le chevreuil est l’herbivore le plus commun, visible à l’orée des bois aux heures crépusculaires. Le sanglier est présent en abondance — parfois trop, au goût des agriculteurs dont il ravage les cultures. Le renard, l’écureuil roux et la martre complètent le tableau des mammifères forestiers.

Parmi les oiseaux, le pic noir (le plus grand pic d’Europe) marque son territoire de ses coups de bec sonores dans les vieilles futaies. Le milan royal plane sur les espaces ouverts. La bécasse des bois fréquente les forêts humides et constitue, avec les cèpes, l’une des grandes passions de la chasse périgordine.

Les randonnées autour de Sainte-Mondane traversent ces milieux forestiers et permettent, avec un peu de patience et de discrétion, d’observer ces espèces dans leur environnement naturel. Le PR 28 est particulièrement adapté pour cette découverte naturaliste.

Les champignons : un calendrier de la forêt

Les forêts périgourdines offrent un calendrier mycologique particulièrement riche :

Printemps (avril-mai) : morilles dans les zones fraîches et humides, surtout après les pluies tièdes.

Été (juillet-août) : trompettes de la mort dans les bois moussus, si les pluies d’orage ont été suffisantes. Premières girolles.

Automne (septembre-novembre) : c’est la grande saison. Cèpes de Bordeaux en septembre-octobre après les premières pluies de l’arrière-saison. Girolles, pieds-de-mouton, chanterelles et lactaires sanguins. L’abondance varie selon les années et les conditions météorologiques.

Hiver (décembre-mars) : saison de la truffe noire dans les truffières.

Ce calendrier forestier est au cœur de la culture locale. Les échanges sur les récoltes, la météo favorable ou défavorable, les “coins” secrets : autant de conversations qui rythment la vie des villages périgourdins à chaque saison.

Randonnée et nature : comment profiter des forêts

Pour les visiteurs, les forêts du Périgord Noir se découvrent principalement à pied, via les nombreux sentiers balisés. Le PR 28 au départ de Sainte-Mondane traverse des portions de forêt typiques. Le GR 64 offre des itinéraires plus longs à travers les bois.

Les photopromenades naturalistes sont une activité en développement dans la région : à l’aube ou au crépuscule, dans les zones de lisière entre forêt et cultures, les observations d’animaux sauvages sont particulièrement enrichissantes. La lumière d’automne, filtrant à travers les feuillages roux, crée des ambiances photographiques incomparables.