Bien avant Fénelon, bien avant les châteaux médiévaux et les abbayes cisterciennes, le Périgord Noir était déjà habité par l’homme. Les vallées de la Dordogne et de la Vézère constituent l’un des berceaux les plus importants de la préhistoire mondiale. Depuis Sainte-Mondane et ses 130 mètres d’altitude, si l’on plonge le regard vers les gorges calcaires qui découpent le paysage, on contemple les mêmes paysages que ceux qu’ont vécus nos ancêtres il y a 17 000 ans.

Une concentration unique au monde

La liste des sites préhistoriques majeurs du Périgord est impressionnante : Lascaux, Font-de-Gaume, Rouffignac, Cro-Magnon, La Madeleine, Le Moustier, Pech Merle… Ces noms résonnent dans toutes les universités du monde pour désigner des cultures et des périodes entières de la préhistoire humaine.

La vallée de la Vézère a été classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1979 pour la densité et la qualité exceptionnelles de ses sites préhistoriques. La vallée de la Dordogne, qui coule à quelques kilomètres de Sainte-Mondane, présente des caractéristiques similaires.

Cette concentration s’explique par la géologie calcaire du Périgord. Le calcaire, relativement tendre, a été creusé par l’eau au fil des millions d’années pour former un réseau exceptionnel de grottes et d’abris sous roche. Ces refuges naturels, idéalement orientés au sud et protégés des vents du nord, constituaient des habitats de premier choix pour les populations paléolithiques.

De l’Homo heidelbergensis au Cro-Magnon : 400 000 ans d’occupation

Les premières traces d’occupation humaine dans la région de la Dordogne remontent à plus de 400 000 ans. Des industries préhistoriques de l’Acheuléen (taillage de bifaces) ont été découvertes dans plusieurs sites, témoignant de la présence d’Homo heidelbergensis, ancêtre commun de l’homme de Néandertal et de l’Homo sapiens.

L’homme de Néandertal a occupé le Périgord pendant plusieurs dizaines de milliers d’années, laissant des témoignages de ses pratiques dans de nombreux sites. Le site du Moustier, qui a donné son nom à la culture moustérienne, est situé dans la vallée de la Vézère.

Vers 35 000 ans avant notre ère, l’Homo sapiens arriva en Europe et coexista brièvement avec les Néandertaliens avant que ces derniers ne disparaissent. Les populations de Cro-Magnon — du nom du site périgourdin où leurs fossiles furent découverts en 1868 — apportèrent avec eux les premières manifestations d’art symbolique : parures, sculptures, peintures.

PériodeEspèce humaineRepère
Il y a plus de 400 000 ansHomo heidelbergensisIndustries acheuléennes, taillage de bifaces
Paléolithique moyenHomme de NéandertalCulture moustérienne (site du Moustier)
Vers 35 000 ans avant notre èreHomo sapiens (Cro-Magnon)Coexistence brève avec Néandertal, premier art symbolique
Vers 17 000 ans avant notre èreHomo sapiens (Magdalénien)Peintures de Lascaux

Le saviez-vous : le nom “Cro-Magnon” vient d’un site périgourdin où les premiers fossiles de cette population d’Homo sapiens ont été découverts en 1868 — c’est donc le Périgord qui a donné son nom à toute une catégorie d’hommes préhistoriques dans le monde entier.

Lascaux : le Versailles de la préhistoire

À 43 km de Sainte-Mondane, dans la colline de Lascaux près de Montignac, se trouvent les peintures préhistoriques les plus célèbres du monde. Découverte en 1940 par quatre adolescents et leur chien, la grotte révèle 1 900 figures d’animaux peintes et gravées il y a environ 17 000 ans : taureaux, chevaux, cerfs, rhinocéros laineux, ours…

La sophistication artistique de Lascaux est stupéfiante. Les artistes magdaléniens ont su jouer des reliefs naturels de la paroi pour donner du volume à leurs figures, utiliser jusqu’à cinq couleurs différentes préparées à partir de minéraux broyés (ocre, manganèse, charbon), et composer des scènes narratives dans lesquelles les animaux se meuvent avec une vie étonnante.

Le Centre International de l’Art Pariétal Lascaux IV, inauguré en 2016 à Montignac, propose une reproduction intégrale de la grotte et des expositions sur la préhistoire mondiale. C’est aujourd’hui l’une des attractions touristiques les plus visitées du Périgord Noir. Pour les amateurs d’autres territoires marqués par un long passé fortifié et patrimonial, le site de citadelle-belfort.fr propose un éclairage comparable sur la citadelle de Belfort et son histoire militaire.

Les Eyzies : la capitale mondiale de la préhistoire

À 50 km de Sainte-Mondane, Les Eyzies-de-Tayac se désigne elle-même comme “la capitale mondiale de la préhistoire” — et la formule n’est pas usurpée. Le village est entouré de sites préhistoriques majeurs : la grotte de Font-de-Gaume (avec ses peintures de bisons), la grotte des Combarelles (ses gravures exceptionnelles), l’abri du Cro-Magnon, et les abris de la Madeleine.

Le Musée National de la Préhistoire des Eyzies rassemble une des plus importantes collections d’objets et d’ossements paléolithiques au monde. Il offre une introduction remarquable à la longue histoire humaine de la région, comme en témoigne cette interview d’un archéologue de l’INRAP sur les fouilles de sites patrimoniaux, qui éclaire les coulisses du travail scientifique derrière ces découvertes.

Les incontournables préhistoriques autour des Eyzies-de-Tayac :

  • La grotte de Font-de-Gaume, pour ses peintures polychromes de bisons
  • La grotte des Combarelles, pour ses gravures exceptionnelles
  • L’abri du Cro-Magnon, site éponyme de la découverte de 1868
  • Les abris de la Madeleine, qui ont donné leur nom à la culture magdalénienne
  • Le Musée National de la Préhistoire, pour une vue d’ensemble sur ces collections

La préhistoire comme clef de lecture du paysage

Visiter la région de Sainte-Mondane avec la conscience de son passé préhistorique transforme le regard. La falaise calcaire qui porte le château de Fénelon est le même type de formation géologique qui abritait les hommes de Cro-Magnon. Les bois de chênes qui couvrent les collines périgourdines ont les mêmes essences que les forêts que parcouraient les chasseurs magdaléniens. La Dordogne était déjà poissonneuse il y a 15 000 ans.

Cette continuité du paysage — modifiée par l’agriculture, l’élevage et les forêts gérées, mais fondamentalement stable dans ses grandes lignes — est l’une des expériences les plus saisissantes que le Périgord Noir puisse offrir. On y comprend que l’attachement des hommes à ce territoire n’est pas un accident récent mais la suite d’une longue histoire d’alliance entre une humanité fragile et un milieu naturel exceptionnellement généreux.

Pour préparer votre visite des sites préhistoriques depuis Sainte-Mondane, consultez notre guide pratique et notre page sur le tourisme en Périgord Noir.