Sainte-Mondane, commune de Dordogne nichée entre forêts et falaises calcaires, possède une histoire médiévale riche que les pierres de son église romane et de son château racontent silencieusement. Du défrichement carolingien aux traumatismes de la guerre de Cent Ans, en passant par la lente construction des seigneuries féodales, voici ce que l’on sait de Sainte-Mondane entre le Xe et le XVe siècle.

Les origines : de la villa gallo-romaine au village chrétien

Avant de devenir Sainte-Mondane, le terroir actuel était sans doute occupé depuis l’Antiquité. La douceur du climat, la présence d’eau et la richesse des sols calcaires ont attiré les hommes depuis la préhistoire dans tout le Périgord Noir — comme en témoignent les grottes de Lascaux à 43 km ou les abris sous roche de la Vézère.

À l’époque gallo-romaine, le réseau de villas rustiques qui maillait la campagne périgourdine laissa des traces ici et là. Le toponyme lui-même — dont l’analyse fait l’objet de notre article sur la toponymie de Sainte-Mondane — pourrait conserver le souvenir d’un saint évangélisateur du haut Moyen Âge, peut-être du Ve ou VIe siècle.

Le processus de christianisation du Périgord s’est étalé sur plusieurs siècles. Les premiers évêques de Périgueux, dès le IVe siècle, envoyèrent des missionnaires dans les campagnes. Les monastères bénédictins jouèrent ensuite un rôle clé dans la structuration paroissiale à partir du VIIIe siècle. La paroisse de Sainte-Mondane est sans doute une création de cette période de recomposition territoriale carolingienne.

La construction de l’église romane : un marqueur de prospérité

L’église de Sainte-Mondane, édifiée aux XIe et XIIe siècles, est le témoignage le plus tangible de la vie médiévale du village. Sa construction suppose une communauté structurée, capable de mobiliser des ressources financières et humaines considérables pour l’époque.

Dans le Périgord roman, les XIe et XIIe siècles sont une période de grande activité constructrice. C’est le moment où les seigneuries locales, profitant d’une relative stabilité après les invasions normandes et sarrasines, investissent dans les fondations pieuses. Chaque seigneur tenait à honorer ses engagements envers l’Église et à se ménager la protection divine pour ses campagnes militaires.

L’église de Sainte-Mondane, avec sa nef unique, son abside semi-circulaire et son portail en plein cintre, s’inscrit dans la tradition de l’art roman périgourdin rural, caractérisé par une sobriété calculée qui tranche avec les grandes cathédrales contemporaines. Le patrimoine religieux du Périgord compte des dizaines d’édifices de ce type.

La seigneurie de Fénelon et la famille de Salignac

La forteresse qui domine Sainte-Mondane est attestée dans les documents à partir des XIIe-XIIIe siècles. La seigneurie de Fénelon appartint à diverses familles nobles périgourdines avant de passer, au XVIe siècle, à la famille de Salignac par voie d’alliance. Ce sont des descendants de cette famille qui donnèrent leur illustre représentant : François de Salignac de la Mothe-Fénelon (1651-1715).

La relation entre le château et le village était celle d’une dépendance structurelle. Les paysans de Sainte-Mondane devaient à leur seigneur des redevances en nature (une partie de la récolte), des corvées (journées de travail non rémunéré sur les terres seigneuriales) et un droit de justice. En échange, le château offrait une protection militaire — théorique mais réelle en cas d’invasion.

Cette relation n’était pas exempte de tensions. Les registres de justice seigneuriale, quand ils ont été conservés, témoignent de conflits récurrents sur le montant des redevances, les limites des terres et les droits d’usage des forêts. La vie médiévale à Sainte-Mondane n’était pas idyllique.

La guerre de Cent Ans : un siècle de traumatismes

La guerre de Cent Ans (1337-1453) fut pour le Périgord une période de dévastation sans précédent depuis les raids vikings. La région se trouvait dans une position particulièrement délicate : relevant nominalement du roi de France, elle était entourée sur trois côtés par les possessions anglaises de la Guyenne. La Dordogne elle-même était une frontière disputée.

Le château de Fénelon changea plusieurs fois de mains au cours du conflit. Les chevauchées des routiers — ces bandes de mercenaires sans attaches qui rançonnaient indifféremment les paysans des deux camps — ravagèrent les campagnes. Des villages entiers furent abandonnés. La population du Périgord diminua dramatiquement entre 1350 et 1450, du fait combiné des épidémies de peste, des famines et des violences militaires.

Sainte-Mondane ne fut pas épargnée. Les traces de cette période sont difficiles à lire dans le paysage actuel, mais les archives paroissiales et notariales du XVe siècle témoignent d’une reconstruction lente et difficile. La fin de la guerre de Cent Ans vit un effort collectif pour réparer les dommages : reconstruction des maisons, remise en culture des terres abandonnées, restauration des édifices religieux.

La reconstruction du XVe siècle

La fin du conflit, avec la victoire française à Castillon en 1453 (à 70 km de Sainte-Mondane), permit une lente renaissance. La seconde moitié du XVe siècle vit une reprise démographique et économique progressive. Les familles nobles reconstruisirent et agrandirent leurs châteaux — c’est sans doute à cette époque que le château de Fénelon prit son aspect actuel, avec ses deux châtelets caractéristiques.

Cette période vit aussi se développer une économie rurale plus diversifiée : la noix du Périgord, dont l’huile était exportée vers Bordeaux et les pays du Nord, devint un produit commercial important. Des moulins à noix complétèrent les moulins à grain sur les cours d’eau. L’économie paysanne de Sainte-Mondane, comme celle de toute la région, s’intégra progressivement dans des circuits d’échanges plus larges.

La gastronomie du Périgord que nous connaissons aujourd’hui — noix, foie gras, truffes — a ses racines dans cette économie rurale médiévale qui, dans un territoire enclavé et forestier, apprit à valoriser chaque ressource naturelle.

De Sainte-Mondane médiévale à Sainte-Mondane actuelle

Le Sainte-Mondane du XXIe siècle garde dans son paysage les traces de ce long Moyen Âge. Le château de Fénelon, l’église romane, le réseau de chemins qui structure le territoire : tout cela est l’héritage direct de sept siècles de vie paysanne et seigneuriale. Comprendre cette histoire, c’est comprendre pourquoi Sainte-Mondane et ses habitants ont ce rapport particulier à leur territoire, fait d’un attachement profond à des lieux chargés de mémoire.

Pour approfondir l’histoire de Sainte-Mondane au-delà du seul Moyen Âge, la page d’histoire du site présente un panorama complet depuis les origines jusqu’au XIXe siècle.