La Révolution française a profondément reconfiguré le Périgord. L’abolition de la féodalité, la création du département de la Dordogne, la vente des biens nationaux et la politique religieuse ont transformé en quelques années des structures qui remontaient pour certaines au Moyen Âge. À Sainte-Mondane comme dans les centaines de villages du Périgord Noir, cette période laissa des traces durables.

Le Périgord en 1789 : une province inégalitaire

À la veille de la Révolution, le Périgord offre le tableau d’une société d’ordres figée et inégalitaire. La noblesse locale — familles de Salignac, de Beynac, de Castelnaud — détient les châteaux, les terres et les droits seigneuriaux. Le clergé possède des monastères importants (abbaye de Cadouin, prieurés divers) et perçoit la dîme. Le tiers état — artisans, marchands et surtout paysans — supporte le poids fiscal de cette société.

Les cahiers de doléances rédigés en 1789 pour les États Généraux reflètent les griefs des communautés périgourdines. Les paysans y réclament l’abolition des droits féodaux (corvées, banalités de moulin et de four), la suppression de la dîme ecclésiastique et une répartition plus équitable des impôts. Ces demandes sont formulées avec une modération qui témoigne moins d’une résignation que d’une prudence politique.

L’histoire médiévale de Sainte-Mondane montre que ces revendications étaient anciennes : les paysans du Périgord contestaient les droits seigneuriaux depuis des siècles, mais sans jamais réussir à les abolir durablement. La Révolution allait changer cela.

L’été 1789 : la Grande Peur en Périgord

L’été 1789, marqué par la prise de la Bastille et les émeutes parisiennes, est aussi le moment de la Grande Peur dans les campagnes françaises. Des rumeurs — d’ailleurs largement infondées — circulèrent : des troupes de brigands allaient piller les récoltes, les nobles préparaient une revanche armée. Dans le Périgord, cette panique provoqua des attaques contre certains châteaux et des destructions de terriers (registres des droits seigneuriaux).

La nuit du 4 août 1789, l’Assemblée nationale abolit les privilèges féodaux. Pour les paysans périgourdins, cette décision marqua une rupture fondamentale : les corvées et la plupart des droits seigneuriaux étaient supprimés. La signification concrète de cette abolition mit du temps à se diffuser dans les campagnes, mais elle transforme en profondeur les rapports sociaux.

Le château de Fénelon, demeure de la famille de Salignac (descendants de Fénelon), fut saisi comme bien national après l’émigration de ses propriétaires. Il fut vendu à des notables locaux, puis connut plusieurs propriétaires avant d’être finalement restauré et rendu accessible au public.

La création du département de la Dordogne

La loi du 4 mars 1790 divisa la France en 83 départements, remplaçant les anciennes provinces. Le Périgord disparut comme entité administrative officielle pour être remplacé par la Dordogne, département nommé d’après la rivière qui le traverse. Cette décision, d’une logique administrative cohérente, fut ressentie par certains Périgourdins comme une atteinte à leur identité régionale.

Périgueux fut désignée chef-lieu du nouveau département. Les quatre sarladadais — dont Sarlat, la ville la plus proche de Sainte-Mondane (18 km) — furent regroupés dans l’arrondissement de Sarlat. Cette nouvelle organisation administrative survit encore aujourd’hui dans les grandes lignes : la Dordogne reste un département, avec ses quatre sous-préfectures.

La politique religieuse : douleurs et résistances

La politique religieuse de la Révolution fut la plus douloureuse et la plus contestée en Périgord. La fermeture des couvents et monastères (1790), la nationalisation des biens ecclésiastiques, la Constitution civile du Clergé (1790) qui imposa aux prêtres de prêter serment à l’État, puis la déchristianisation plus radicale de l’an II (1793-1794) : toutes ces mesures heurtèrent profondément une population rurale attachée à ses pratiques catholiques.

L’abbaye de Cadouin, l’une des abbayes les plus importantes du Périgord, fut saisie et ses moines dispersés. L’église de Sainte-Mondane connut, comme beaucoup d’autres, une période de fermeture et de conversion à usage profane. Des actes de vandalisme touché les crucifix, les statues et les pierres tombales dans les cimetières.

Mais la résistance fut réelle. Des prêtres réfractaires (qui refusèrent de prêter serment) se cachèrent dans les fermes et continuèrent à célébrer les sacrements clandestinement. Des familles paysannes conservèrent leurs pratiques religieuses malgré l’interdiction. Le Concordat signé en 1801 entre Napoléon et le pape Pie VII permit une réconciliation institutionnelle, mais les cicatrices de cette période restèrent longtemps sensibles.

La mémoire de cette période difficile est encore présente dans le rapport des Périgourdins à leur patrimoine religieux. Pour en savoir plus sur le mouvement de mémoire nationale et de commémoration qui perpétue ces témoignages historiques, certaines associations patriotiques régionales constituent des ressources précieuses.

Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes : le Périgord mobilisé

Les guerres révolutionnaires (1792-1799) puis napoléoniennes (1800-1815) mobilisèrent des milliers de jeunes Périgourdins. Le département de la Dordogne, relativement préservé des combats (contrairement à la Vendée ou à l’Alsace), n’en fut pas moins saigné par les levées en masse et les conscriptions successives.

La carte des morts au combat gravée sur les monuments aux morts de chaque village du Périgord reflète l’ampleur de ce saignée : des familles entières perdrent plusieurs fils. La vie communale en Périgord Noir après 1815 fut marquée par ce traumatisme générationnel et par la lente reconstruction qui suivit.

Un héritage ambigu

La Révolution française laissa au Périgord un héritage ambigu. D’un côté, l’abolition des droits seigneuriaux transforma les rapports sociaux ruraux en profondeur : les paysans devinrent propriétaires de leurs terres au travers des ventes de biens nationaux (quand ils avaient les moyens de les acheter) et furent libérés des corvées ancestrales. De l’autre, la politique religieuse laissa des blessures qui mirent des générations à cicatriser.

C’est dans cet entre-deux que le Périgord du XIXe siècle se construisit : une société rurale profondément catholique dans ses pratiques, mais de plus en plus republicaine dans ses convictions politiques. Cette combinaison paradoxale explique en partie les attitudes politiques complexes de la région tout au long du XIXe siècle, jusqu’à l’installation durable de la Troisième République.

Pour une vision plus large de l’histoire de Sainte-Mondane à travers les siècles, la page dédiée présente les grandes périodes qui ont façonné le village et la région.