La France rurale, souvent invisible dans les médias qui privilégient les métropoles, constitue pourtant une part essentielle du tissu social et culturel du pays. En Périgord Noir, les petites communes comme Sainte-Mondane — avec leurs 220 habitants, leur mairie, leur école et leurs associations — incarnent une façon d’habiter le territoire qui mérite attention et respect.
La commune : cellule de base de la démocratie locale
La commune française est l’une des institutions les plus enracinées de la République. Née de la Révolution française — qui divisa les anciennes paroisses en communes dotées d’une personnalité juridique propre —, elle a traversé plus de deux siècles en conservant son rôle de premier échelon de la vie civique.
À Sainte-Mondane, comme dans les 35 000 communes françaises de moins de 500 habitants, la mairie est bien plus qu’un bureau administratif. C’est un lieu de proximité où les citoyens règlent leur état civil (naissances, mariages, décès), où ils peuvent trouver de l’aide pour les démarches administratives, et où ils élisent leurs représentants au conseil municipal tous les six ans.
Le maire d’une petite commune cumule souvent des responsabilités variées : il représente l’État (pour l’état civil), gère le budget communal, préside le conseil municipal, entretient les relations avec les autres collectivités et représente sa commune dans les structures intercommunales. Dans les communes rurales, ce travail est souvent bénévole ou quasi-bénévole — signe d’un engagement civique que les grandes villes connaissent peu.
L’école : enjeu vital pour les villages
L’école primaire est souvent le premier service public dont la disparition menace la vitalité d’un village. Quand une école ferme, les familles avec enfants hésitent à s’installer ; quand elles hésitent, la population vieillit ; quand la population vieillit, d’autres services disparaissent. Ce cercle vicieux est bien connu des élus ruraux.
Sainte-Mondane dispose d’une école primaire, bien que les effectifs soient limités dans une commune de 220 habitants. Les classes multi-niveaux (ou “cours à plusieurs niveaux”) sont la solution organisationnelle adoptée dans les petites écoles rurales : un même enseignant prend en charge des enfants de CP et de CE1, ou de CM1 et CM2, par exemple. Cette organisation, longtemps perçue comme un pis-aller, est aujourd’hui réévaluée positivement : elle favorise la coopération entre élèves d’âges différents et développe l’autonomie.
L’école de Sainte-Mondane est aussi un lieu de vie sociale : les fêtes scolaires, les activités périscolaires et les spectacles de fin d’année créent des occasions de rencontre pour les familles du village et des hameaux environnants.
Les associations : le ciment de la vie locale
Dans les petites communes rurales, les associations jouent un rôle fondamental que les structures publiques ne peuvent remplir à elles seules. À Sainte-Mondane, l’Amicale Laïque est l’association la plus active, organisant la choucroute du premier samedi de mars, le vide-grenier du 15 août et le repas des aînés en automne.
Ces manifestations ne sont pas anecdotiques. Elles créent trois choses essentielles à la vie d’un village :
Le lien social : en rassemblant régulièrement les habitants, elles maintiennent un tissu de relations interpersonnelles qui rend les gens moins isolés et plus solidaires dans les moments difficiles.
L’identité locale : en perpétuant des traditions spécifiques au village (la choucroute de l’Amicale Laïque n’existe que ici), elles construisent un sentiment d’appartenance à une communauté particulière, avec ses propres rituels et sa propre histoire.
Les ressources financières : les bénéfices des manifestations permettent à l’Amicale Laïque de financer des projets locaux — achats d’équipements collectifs, soutien à des initiatives culturelles ou sportives.
L’intercommunalité : mutualiser pour survivre
Face aux enjeux croissants des communes rurales — entretien des infrastructures, services à la personne, développement économique —, la mutualisation intercommunale est devenue incontournable. Sainte-Mondane appartient à une communauté de communes qui regroupe plusieurs dizaines de communes du secteur de Sarlat.
Cette structure intercommunale assure des services que Sainte-Mondane seule ne pourrait se payer : collecte des déchets, transport scolaire, entretien des chemins de randonnée (dont le PR 28 qui part du village), action culturelle et touristique. L’office de tourisme du secteur, qui met en valeur le château de Fénelon et les autres sites patrimoniaux de la région, est une émanation de cette intercommunalité.
Cette organisation à plusieurs niveaux — commune, intercommunalité, département, région — est complexe mais elle a permis au Périgord Noir de maintenir une qualité de services dans des zones rurales peu denses, condition indispensable pour que des villages comme Sainte-Mondane restent des lieux de vie réelle et pas seulement des décors touristiques.
Habiter Sainte-Mondane aujourd’hui
Qui vit à Sainte-Mondane aujourd’hui ? La composition socio-démographique du village a beaucoup changé depuis le milieu du XXe siècle. L’agriculture, qui occupait autrefois une grande partie de la population active, n’emploie plus qu’une minorité. La plupart des actifs travaillent à Sarlat, Souillac ou ailleurs, et font la navette quotidiennement.
Des résidents secondaires — souvent des familles venues du reste de la France ou d’autres pays européens — occupent une partie des maisons périgourdines pendant les vacances. Cette population flottante contribue à l’économie locale (achats, artisans) mais crée aussi des tensions sur le marché immobilier et sur le tissu social, les résidents secondaires ne participant pas à la vie associative annuelle.
Des néo-ruraux s’installent progressivement, attirés par la qualité de vie, les prix de l’immobilier et la possibilité de télétravailler. Ces nouvelles arrivées redynamisent parfois la vie associative et apportent de nouvelles compétences, mais elles exigent aussi un travail d’intégration et de compréhension mutuelle avec les familles de souche.
Cette mixité sociale, avec ses tensions et ses richesses, est le visage contemporain de Sainte-Mondane — un village bien vivant, ancré dans son passé mais ouvert à son avenir.